samedi 27 juin 2020

LE RETOUR DE LA CENSURE




(Edition 20.06.28)

ACTUALITÉ

Sous pression, Facebook durcit sa politique de modération des contenus.

Les publicités incitant à la haine? Mieux régulées. Les messages problématiques? Mieux signalés. En apparence timides, ces nouvelles mesures signalent que Facebook n'avait plus d'autre choix que de céder face aux pressions pour une modération plus stricte des contenus. Les publicités incitant à la haine? Mieux régulées. Les messages problématiques? Mieux signalés. En apparence timides, ces nouvelles mesures signalent que Facebook n'avait plus d'autre choix que de céder face aux pressions pour une modération plus stricte des contenus.

Mark Zuckerberg, le patron du réseau social planétaire, défend depuis des mois son approche a priori plus laxiste que Twitter ou YouTube, notamment vis-à-vis des discours des personnalités politiques, au nom de la liberté d'expression. La plateforme retirera désormais les publicités qui affirment que les personnes de certaines origines, ethnies, nationalités, genre ou orientation sexuelle représentent une menace pour la sécurité ou la santé des autres.

Cette décision intervient alors que Unilever, le géant de l'agroalimentaire et des cosmétiques, vient de mettre un terme à ses publicités sur Facebook, Twitter et Instagram aux États-Unis, au moins jusqu'à la fin de l'année.

Coca-Cola, l'une des marques les plus connues au monde qui dépense des sommes colossales en publicité, a aussi annoncé vendredi soir qu'elle suspendait pendant au moins 30 jours toute promotion sur tous les réseaux sociaux, exigeant qu'ils fassent preuve de plus de «transparence et de responsabilité», notamment sur la question du racisme.

HISTORIQUE 1: Richelieu

La censure royale est un acte par lequel, sous l'ancien régime, e roi sanctionne un manuscrit ou autorise sa publication (sous forme imprimée). En 1629, Richelieu charge le chancelier et le garde des sceaux d'examiner des ouvrages afin d'en autoriser ou non la publication sous forme imprimée, avec un privilège royal. Cette censure ne doit pas être confondue avec celle des livres imprimés à l'etranger, faite par le lieutenant de police. Après la Fronde*, Colbert créé une direction de la Librairie, qui doit veiller à l'attribut des permissions et privileges devenues obligatoires pour toutes les impressions en France. Puis, en 1742, un corps de senceurs royaux est créé. Le roi nommait les directeurs de librairies qui devenaient donc censeurs royaux, chacun dans sa spécialité, agréés et inscrits sur une liste, publiée chaque année par l'Almanach royal . Sous Louis XIV, ils étaient au nombre de 40 recrutés, qui étaient, pour la plupart, des professeurs de la Sorbonne. Voici quelques censeurs royaux: Charles de Beaumont, chevalier d'Eon; Nicolas Coquelin... Quiconque voulait publier choisissait son censeur, qui lui faisait des observations, suggérait des corrections, puis donnait le droit d'imprimer.

HISTORIQUE 2: Napoléon

Nous sommes le 5 février 2018, mais en quel 5 février partons-nous ? Le 5 février 1810, le jour du rétablissement de la censure par Napoléon. Il la rétablit pour une raison en particulier ? Pour la sécurité de l’État ?
Non, même pas. Il décrète très clairement la censure pour s’assurer la mainmise sur l’esprit et les consciences des Français. Pas de justification particulière. C’est l’empereur après tout ! Ecoutez ce qu’il disait à propos de ce genre de libertés : "le droit d’imprimer n’est pas du nombre des droits naturels". Ou encore : "Si je lâche la bride à la presse, je ne resterai pas trois mois au pouvoir".

Et pourquoi parlez-vous de rétablissement ? quand avait-elle cessé cette censure ?
Oh elle va, elle vient cette censure officielle. Mais pendant la Révolution française, la liberté de la Presse est tout de même inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme. Alors, évidemment, elle ne sera pas pour autant respectée pendant toute la révolution, loin de là. Enfin, le principe était acté quand même.

Elle a toujours existé de toute façon, la censure. Elle a été ensuite plus ou moins forte, plus ou moins oppressive au gré des différents dirigeants. Elle est donc rétablie avec Napoléon Ier, mais elle perdure sous Louis XVIII et sous Charles X. C’est Louis-Philippe, beaucoup plus libéral, qui la supprime. Enfin, elle aura bien des occasions de refaire surface.

HISTORIQUE 3: ImprimaturNihil obstatImprimi potest

Les pays européens, effrayés par la réforme protestante, continuèrent à appliquer la censure pour tenter d'enrayer la diffusion du protestantisme. François Ier interdit l'impression d'ouvrages et leur diffusion sans l'examen et l'autorisation préalable de l'Université de théologie : ils devaient obtenir ce qu'on appelait l'imprimatur. S'ils étaient contraires à la religion, ils étaient au contraire mis à l'Index (abréviation pour Index librorum prohibitorum : liste des livres interdits).

Durant le XVe siècle, le théâtre est libre. Cependant, durant le XVIIe siècle, le roi chargeait son procureur de surveiller les différentes pièces et d'interdire celles qui pourraient choquer le roi ou le clergé. C'est ainsi que de nombreuses pièces, notamment le Tartuffe de Molière, sont censurées.

Ce contrôle s'exerce d'autant plus dans le domaine des idées. En 1752, l’Encyclopédie écrite par Diderot et d’Alembert est censurée car son contenu politique et philosophique est contesté. De manière plus générale, beaucoup de philosophes des Lumières, au XVIIIe siècle, ont dû chercher des moyens de contourner la censure.

Napoléon Bonaparte, en 1802, contrôle la presse par des mesures préventives. Les journaux qui ne respectent pas ce décret peuvent être censurés, interdits. Durant tout le XIXe siècle, la censure s'exerce dans de nombreux domaines, au gré des régimes politiques successifs. Ses victimes lui donnent un surnom, Anastasie, et la représentent avec les grands ciseaux dont elle use pour limiter la liberté d'expression.

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